L’imprimante qui se remet en marche toutes les cinq minutes, les sonneries de téléphone qui retentissent cinquante fois par jour, des collègues qui discutent à la table d’à côté, votre voisin d’open space qui rit, plaisante, éternue, met une musique d’ambiance… autant de petits bruits qui, cumulés, feraient perdre environ 30 minutes de productivité à 20% des salariés français, selon une étude menée par l’Ifop. Des pertes qui, cumulées, représenteraient 120 heures de travail perdues, et 23 milliards d’euros de pertes annuelles pour les entreprises.

Alors, à partir de quand peut-on parler de bruit au travail ? Que rapportent les résultats de cette enquête, et existe-t-il de vraies solutions au bruit, notamment en open space ? Ne vous laissez plus déborder par le bruit sans rien faire, réagissez ! Et bye bye, la routine bruyante.

À partir de quand peut-on parler de bruit au travail ?

Définition du bruit

Selon vous, à partir de quand ou de quelle sensation peut-on parler de bruit au travail ? L’Association française de normalisation (AFNOR) donne la définition suivante du bruit : « toute sensation auditive désagréable ou gênante, ou tout phénomène acoustique produisant cette sensation ».

Le dB : la mesure du bruit

Afin de traduire le bruit en nombres simples, et mesurer l’ensemble des intensités de sons possibles, on utilise le décibel (dB). Selon l’échelle du bruit, consultable sur le site www.gerersonaudition.com, l’oreille humaine perçoit des sons de 0 dB (seuil d’audibilité) à 120 dB (seuil de douleur). Le seuil de risque, lui, est fixé à 85 dB.

ECHELLE DU BRUIT

À titre de comparaison, 85 dB, c’est le bruit d’une tondeuse à gazon, d’un klaxon de voiture, d’une tronçonneuse électrique, ou encore d’une sonnerie de téléphone.

Législation sur le bruit au travail

Il a été décidé que le niveau d’exposition sonore quotidien des salariés en entreprise ne devait pas dépasser 85 dB, au risque de porter atteinte à leur santé.

Si les 85 dB ne sont pas toujours atteints, ou pas de façon permanente, une étude réalisée par l’ifop* et publiée par l’Association JNA démontre que le bruit au travail constitue quand même une nuisance pouvant causer divers troubles et pathologies, mettant en danger la santé du travailleur, et menaçant la productivité de son travail.

Bruit au travail : les résultats de l’enquête

Du temps et de l’argent perdu

Réalisée à l’occasion de la première édition de la Semaine de la Santé auditive au travail, l’étude Ifop révèle qu’un actif interrogé sur cinq perdrait plus de 30 minutes de travail quotidiennes à cause du bruit au travail. Cette baisse de productivité est imputable au détournement de l’attention : le bruit ambiant, continu ou ponctuel, agit directement sur la vigilance et la concentration des salariés.

Le coût des nuisances sonores dû au bruit au travail ne serait pas négligeable : on l’estime à environ 3 840 euros par an et par salarié. Rapporté sur une année, ce sont 6 millions d’actifs qui perdent jusqu’à 120 heures de travail annuelles, pour une facture estimée à 23 milliards d’euros par an. Pour tirer cette conclusion, la JNA prend comme référence le coût horaire moyen estimé par l’Insee à 32 euros.

L’open space pointé du doigt

En tout état de cause, l’open space est le premier responsable du bruit au travail en entreprise. D’une part, l’environnement direct du salarié – conversations orales ou téléphoniques, utilisation de son smartphone personnel sur le lieu de travail, réunions improvisées ou pauses-café, mais aussi la ventilation, le bruit des imprimantes, etc. – tous ces bruits induisent une perte de productivité difficile à chiffrer. L’organisation des lieux de travail elle-même peut devenir une source de nuisance : les allées et venues entre les différents postes ou leurs distances inappropriées par exemple provoquent aussi un détournement de l’attention.

Quels sont les risques sur la santé ?

Même en-dessous du seuil de risque de 85 dB fixé par l’échelle du bruit, le bruit au travail peut générer une gêne, voire un stress, vecteur de troubles et pathologies qui nuisent à la santé du salarié :

  • Effets sur les organes de l’ouïe (effets auditifs) dans des cas de dépassement du seuil de risque de 85 dB ;
  • Effets sur l’organisme en général : on les appelle les effets extra-auditifs. Ils concernent le bien-être, en particulier le système nerveux central (troubles du sommeil, etc.), le psychisme (rendement, concentration, nervosité, agressivité) et le système neurovégétatif (pression artérielle, irrigation sanguine, fréquence cardiaque, système digestif, métabolisme, « réactions de stress »).

À l’heure où le stress est encore tabou en entreprise, il est primordial de détecter les signes avant-coureurs, d’autant plus si vous suspectez un lien avec les nuisances sonores qui vous entourent.

*Enquête Ifop/JNA, menée en octobre 2016 sur un échantillon de 1017 personnes, âgées de 18 ans et plus, en poste de travail.

Y a-t-il des solutions ?

Une solution court-termiste

Contre le bruit au travail, notamment dans les cas d’open spaces, y a-t-il une solution ? À court terme, de plus en plus de salariés ont recours aux casques audio et aux écouteurs, pour se couper des bruits environnant, et convoquer la concentration vaille que vaille. Une technique au final contre-productive, comme le pointe l’article « Bruit au travail : Comment survivre à l’open space ? » sur La Tribune, puisque cette coupure avec les autres annihile par la même occasion les possibilités de communication entre salariés.

Listening to new track

La nouvelle norme Afnor

Plus intéressante est la norme Afnor présentée début octobre, comme le rappellent les Echos dans son article « Le bruit au travail dégrade la productivité ». Baptisée NF S 31-199, cette nouvelle norme ne s’intéresse plus seulement aux secteurs et entreprises concernés par un bruit intense au quotidien. Au contraire, elle mesure les performances acoustiques des espaces ouverts, tels que les open spaces d’entreprises. Plus particulièrement, elle s’intéresse aux problématiques de confort sonore, et aux effets de la promiscuité des salariés dans de telles conditions.

La responsabilité de l’entreprise

Entre économies d’échelle et meilleure productivité, c’est la question éternelle de la qualité ou de la quantité. À ce stade, la responsabilité des salariés n’est donc pas en cause. C’est bien aux entreprises de réagir, si elles souhaitent voir la productivité de leurs salariés s’améliorer : achat de nouveaux locaux, réaménagement des locaux existants avec de meilleures séparations entre bureaux, réorganisation des espaces open space… convoquer la productivité et la concentration au sein de l’entreprise passe nécessairement par la recherche d’un meilleur environnement de travail.

Métiers de l’industrie et du bâtiment : quand le bruit fait partie du panorama

Ceux qui n’y sont pas confrontés se posent rarement la question, pourtant il existe des métiers, notamment dans les secteurs de l’industrie et du bâtiment, dans lesquels un bruit perpétuel et intense fait partie du quotidien des salariés :

  • En France, on estime qu’un quart des ouvriers de l’industrie est confronté de manière prolongée à un bruit au travail continuel, dépassant 85 dBA (soit, comme on l’a dit plus haut, le bruit d’une tondeuse à gazon).
  • Les expositions de longue durée (plus de 20 heures par semaine) à des niveaux élevés (plus de 85 dB) concernent 4,8 % des salariés français, principalement dans l’industrie et la construction (dernière étude Sumer).
  • Mais surtout, la surdité est la deuxième maladie professionnelle en France : 750 nouveaux cas sont recensés chaque année.

Vous êtes manager, directeur, responsable RH, et avez à cœur les problématiques de bruit au travail ? Vos salariés travaillent dans un bruit perpétuel, et vous voulez vous assurer que vous respectez la loi et protégez leur santé auditive ? Sachez-le, il existe de nombreux moyens d’y parvenir : correction acoustique des locaux, protections individuelles par des casques ou bouchons d’oreille, isolation des machines et limitation du bruit à sa source, réorganisation du travail, analyses et contrôles… pour plus d’informations, nous vous suggérons de lire l’article « Lutte contre le bruit au travail » sur www.officiel-prevention.com.

 

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