Et si le lieu de travail était aussi le lieu pour apprendre à sauver les autres ? Non grâce à quelques parties de babyfoot ou de jeux vidéo, mais grâce à ces fameux gestes qui sauvent. Parce que les malaises, AVC, étouffements, blessures et autres « joyeusetés » ne s’arrêtent pas à la porte du bureau. Si l’un des premiers réflexes est bien sûr d’appeler les secours, ces quelques minutes d’attente insoutenables et interminables sont aussi l’occasion d’agir… à condition de savoir quoi faire !

Quelques chiffres pour remettre l’histoire dans son contexte

En France, il y a des chiffres qui choquent, pas seulement ceux du chômage. Les chiffres que je souhaite évoquer avec vous aujourd’hui, ce sont ceux des premiers secours. Commençons par celui-ci par exemple : 40 % des Français ne connaissent pas les gestes qui sauvent. Et pourtant, 4 personnes sur 5 qui survivent à un arrêt cardiaque ont bénéficié de gestes de premiers secours. Pour rappel, on dénombre 40 000 arrêts cardiaques par an en France. Allez, encore un pour la route. Avec un défibrillateur, on augmente ses chances de survie de 4 % à 40 %. Terminons par un dernier chiffre : en France, il faut 15 minutes en moyenne aux secours pour arriver sur les lieux d’incident. On se doute bien que pendant ces 15 minutes, il peut se passer beaucoup de choses, beaucoup trop de choses. Et c’est justement pendant ces 15 minutes qu’il faut agir.

D’ailleurs, le numérique fait une percée sur le sujet avec des applications permettant de prévenir les secours rapidement, et également en donnant la possibilité aux citoyens formés d’être alertés dès qu’un incident survient près d’eux, afin qu’ils aient la possibilité de réagir, peut-être plus vite que les Pompiers ou le Samu. Parmi ces applications, citons Sauv’life qui travaille en lien avec le SAMU notamment, mais aussi Swelp, une application donnant la possibilité d’alerter les secours par photo géo-localisée qualifiée et appel vidéo. Son but est de transmettre les alertes aux services d’urgence, de mobiliser un secouriste ou un citoyen Sentinel présent dans le périmètre proche et d’avertir les citoyens d’un danger à leur proximité. C’est Hervé Frantz, capitaine chez les Pompiers de Colmar qui a eu l’idée de cette application. Il fait d’ailleurs la navette entre Colmar et le site Nextdoor Neuilly-Sur-Seine où il a aussi ses bureaux.

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Et puisque les accidents, les arrêts cardiaques, les étouffements et autres ne surviennent pas qu’au domicile, puisque même dans les entreprises il est important d’être en mesure de porter assistance rapidement à son ou ses collègues, ne serait-il pas temps de mettre ces formations aux premiers secours à l’ordre du jour ? Pas seulement dans les immeubles de grandes hauteurs, où les règles de sécurité en vigueur imposent la présence de pompiers d’entreprise et un service de sécurité Incendie. Pas seulement sur une initiative personnelle, mais bel et bien sur une impulsion du top management, des patrons, des big boss quoi.

Parce qu’il s’agit de regarder la réalité en face et d’être dans une véritable démarche soucieuse du bien-être des collaborateurs. C’est aussi et surtout leur donner la possibilité d’agir en dehors de l’entreprise, au sein de leur famille, avec leurs enfants ou conjoint, ou avec de parfaits inconnus dans la rue. C’est prendre une responsabilité citoyenne en la matière, qui s’inscrit dans un réel souci de « qualité de vie au travail » et de qualité de vie tout court.

Les gestes qui sauvent, nouveau team building

Pour rappel, depuis 2004, une loi a pour but de faire en sorte que les adolescents soient formés aux gestes de premiers secours à la sortie du collège. Mais à en croire La Croix Rouge, seuls 30 % d’entre eux seraient réellement formés pour l’instant. Les professeurs des écoles sont tenus d’être formés, tout comme d’autres professions en lien avec l’accueil de public. Toutefois, pour les collégiens, pour les professeurs comme pour les autres, il reste un écueil majeur. Ils sont formés une fois et puis c’est tout. Comme si une journée de formation était suffisante dans une vie pour se souvenir de tout. Comme si 20 ans après, on pouvait encore se souvenir de la bonne façon de faire un massage cardiaque, un garrot ou encore un exercice de bouche-à-bouche.

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Où veux-je en venir ? La formation des gestes qui sauvent implique une répétition. Tous les ans ou tous les deux ans, afin d’ancrer ces gestes et créer des réflexes qui permettent de savoir quoi faire au moment clé. Car bien souvent, même ceux qui ont été formés ne réagissent pas face à une personne en arrêt cardiaque ou qui a cessé de respirer. En plus de l’éventuelle peur d’agir, elles ont tout simplement oublié. La solution en entreprise, c’est alors de vivre la formation comme un team building annuel sur une ou plusieurs journées, afin d’apprendre à sauver des vies en groupe et d’agir en tant que collègue et citoyen.

Quand la loi s’y met enfin

D’ailleurs, le sujet est d’actualité même à l’Assemblée nationale, puisque deux députés, Hugues Renson et Jean-Charles Colas-Roy portent une proposition de loi (PPL pour les initiés) qui a été présentée et adoptée à l’unanimité le 20 février dernier. Elle a pour but d’inciter à la formation des gestes qui sauvent. Comment ? Avec un statut de « citoyen-sauveur » permettant de porter assistance sans risque juridique. Il faudrait pour cela être inscrit sur l’une des applications déjà testées par le Samu, comme Sauv’ Life. Les défibrillateurs sont aussi dans le viseur de la loi, afin d’améliorer leur signalétique et leur entretien.

S’ils n’y ont pas déjà pensé, ajoutons qu’une formation pourrait également être faite en maternité, pour les nouveaux parents, puisque sauver un nourrisson d’un étouffement ou d’un arrêt cardiaque n’implique pas les mêmes gestes.

Enfin, si, encore une fois, ils n’y ont pas déjà pensé, les députés pourraient inciter les entreprises à se faire l’écho de cette proposition de loi, afin d’intégrer les formations aux gestes qui sauvent dans leur « roadmap », comme on dit dans la Tech. Elles sont peut-être le meilleur moyen pour rendre ces formations régulières et efficaces, et pas seulement au moment du départ en retraite, comme il est stipulé pour l’instant dans la loi. Et si nous en parlions avec eux ?

Alors, prêts à vous sauver les uns les autres ?

Article rédigé par Aurore Bisicchia pour
Wojo

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