Chronique Lignes d’horizons, épisode 2* : chaque mois l’écrivain David Brunat vous propose un regard décalé, un pas de côté, une réflexion buissonnière autour du thème du coworking et du travail contemporain. Prenez le temps d’un détour original où l’histoire, la sociologie, l’ethnologie, le monde de l’art et d’autres disciplines vous apportent des éclairages inattendus et inspirants sur le monde qui vous entoure…  

Des renards et des hommes, ou les vertus “domestiques” de l’altruisme

Que la coopération et la compréhension mutuelle aient d’immenses avantages sur le « chacun pour soi » et la loi de la jungle, vous le savez depuis longtemps : l’union fait la force et chacun sait que l’altruisme au travail est une vertu. Une étude conduite depuis de longues années sur la domestication d’une espèce sauvage de renards de Sibérie apporte un éclairage captivant sur les bienfaits des interactions pacifiques et de la collaboration. Une vérité humaine et animale à savourer sans modération…

Une expérience que La Fontaine n’a pas connue…

Gracile mais rusé à souhait, agile mais roublard et équivoque : telle est l’image que nous avons du renard, forgée par d’ancestrales lectures où le malicieux canidé se joue de maître Goupil et plume maître Corbeau plus souvent qu’à son tour. Oubliez ici ces mythes qui relèvent beaucoup plus d’affabulations littéraires ou de « fake news » artistiques que des données de la science et de la zoologie. Et admirez comment ce noble animal à la fois célébré et décrié par l’imaginaire populaire a su nouer un dialogue fécond avec ce bipède aptère sans plumes nommé homo sapiens.

L’histoire se passe en Russie, en Sibérie occidentale. Le héros en est le renard, Vulpes vulpes, son appellation savante et latine. Une espèce sauvage, naturellement peu portée à frayer avec les hommes. Mais depuis maintenant soixante ans, l’Institut de cytologie et de génétique de Novossibirsk tente, à partir de l’étude du processus de domestication des renards, de comprendre l’émergence d’homo sapiens lui-même et la capacité de ce dernier à créer du lien et à bâtir des civilisations. Ou comment l’homme comprit, finalement, l’intérêt de l’altruisme au travail.

La domestication aux sources de la civilisation et de l’innovation

Ces expériences conduites en douceur (précisons-le), dans le respect des créatures à fourrure concernées, ont mis en évidence le fait que quand la peur et l’agressivité disparaissent, les caractéristiques de l’espèce évoluent (oreilles tombantes, pelage bicolore, queue enroulée, etc.). Un comportement pacifique entraîne des changements physiques et physiologiques. Ces mêmes expériences permettent ainsi de mieux comprendre les implications du processus de domestication des espèces. Et de faire le parallèle avec celui de « l’auto-domestication », comme chez homo sapiens ou, dans une moindre mesure, chez ses cousins bonobos dont les mœurs sociales harmonieuses ont souvent été décrites (car l’altruisme ne se vit pas qu’au travail).

« Quand les mâles altruistes ont commencé à supplanter les mâles agressifs, des réseaux et des liens sociaux plus solides ont vu le jour, ainsi que la capacité de transmettre des éléments culturels entre différents groupes : techniques de fabrication d’outils, pratiques funéraires, art, musique, langage, etc. », explique Eoin O’Carrell.

Et le journaliste de préciser que, selon d’éminents anthropologues, l’innovation repose non seulement sur des aptitudes cognitives, mais aussi sur une capacité à diffuser des idées vers différents groupes pour qu’ils n’aient pas à les réinventer à chaque fois, mais puissent s’en emparer et les perfectionner… avec une agilité digne de maître Renard et un altruisme qui n’est pas sans rappeler l’esprit du collaboratif.

Nous voilà loin de La Fontaine. Mais terminons sur une sage parole de ce prodigieux fabuliste tellement épris de liberté que Louis XIV ne parvint jamais à l’apprivoiser. « En toute chose il faut considérer la fin », écrit-il dans Le renard et le bouc, une fable qui raconte précisément une triste histoire de duperie non coopérative.

« Plus fait douceur que violence », enseignaient les maîtres d’école de la Troisième République. C’est exactement ce qui se passe dans toute cette histoire. La multiplication des contacts pacifiques entre les hommes, mais aussi entre les humains et les animaux, a ouvert la voie depuis des millénaires à une nouvelle stratégie qui, malgré les guerres et toutes les horreurs dont l’Histoire est pavée, n’a cessé de se renforcer et de montrer ses avantages : l’altruisme (au travail) !

Quelle fin vous fixez-vous ? Votre seul intérêt individuel, si besoin en roulant vos partenaires et parties prenantes ? Ou au contraire un but collectif vers lequel on puisse cheminer à plusieurs dans un esprit de solidarité et d’entraide ? Dominer ou se domestiquer soi-même ? Être un loup pour les autres, ou bien un canidé de Sibérie chaleureux et confiant ? Telle est la question, que nous adresse en son bec maître Renard depuis la Sibérie …

Retrouvez l’épisode 1 de Lignes d’horizons : Coworking et partage de la parole : devenons (utilement) volubiles grâce aux Néo-Guinéens !

David BRUNAT

David Brunat est écrivain, auteur pour l’entreprise et conseiller en communication et en stratégie. Dernier ouvrage paru : ENA Circus, éditions du Cerf, 2018.

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