Écran, clavier (et souris) vont souvent de pair (de triple même) dans l’inconscient collectif. Et pourtant, avec l’avènement du smartphone et de la tablette, entre autres, il semblerait que le caractère indispensable du clavier et de ses compères soit remis en question. S’il nous paraît aujourd’hui pourtant être une évidence, le clavier l’a-t-il toujours été ? Et s’il n’était pas l’interface la plus adaptée à nos usages ? À l’ère de la transition toutnumérique, quelles alternatives laissent entrevoir le futur plus ou moins proche ? Enquête sur le clavier, sa potentielle disparition et les prétendants à sa succession : 3, 2, 1, préparez les mouchoirs.

L’histoire du clavier

Remettons les choses dans leur contexte, si vous le voulez bien. Avant même l’invention de l’ordinateur, c’est dans le but d’équiper une machine à écrire américaine que naît en 1873 le premier clavier tel qu’on les connaît aujourd’hui, un QWERTY, appellation tirée de la suite de lettres formées par les premières touches. Et comme rien n’est fait au hasard, l’arrangement des touches est pensé ainsi pour une raison : les touches sont espacées en fonction de leur fréquence d’utilisation. Explications : chaque touche était reliée à une tige, ou marteau tampon, grâce auquel les lettres s’inscrivaient sur le papier, et si les touches les plus fréquemment utilisées étaient trop près du centre du clavier, il y avait un risque pour qu’elles se chevauchent lors d’une saisie rapide. Une raison bien pratique à l’époque pour une machine à écrire, mais finalement plutôt injustifiée de nos jours, avec l’utilisation de l’ordinateur.

Pour anecdote, c’est au début du XXe siècle seulement que la France adopte le clavier AZERTY. Dans la droite lignée, dans les années 1960, ces mêmes claviers sont repris pour les ordinateurs. Tout simplement par habitude !

Depuis, le traitement de texte a bien évolué, les machines aussi, et même les ordinateurs d’il y a 10 ans n’ont plus grand-chose à voir avec ceux d’aujourd’hui. Pourtant il semblerait que l’interface qui l’accompagne soit, elle, restée un peu trop la même. Et s’il était temps d’adapter le clavier afin de mieux correspondre aux attentes que l’on a de lui en (bientôt) 2020 ? Si l’on s’imaginait un clavier plus UX et collaborateur friendly ?

Le clavier, mauvais pour la santé des salariés ?

Et si, en plus de ne pas être le meilleur choix d’un point de vue expérience, le clavier nous faisait plus de mal que de bien ?

Le travail répétitif effectué par les doigts à force de marteler le clavier ou bien de cliquer sur la souris favorise la survenue des troubles musculosquelettiques, ou TMS. Et selon la manière dont vous utilisez votre clavier, en fonction de votre position assise, de l’appui du poignet ou de l’éloignement de la souris, ces risques augmentent. Les TMS, les ergonomes — ou autre expert UX — connaissent bien. Ce sont des maladies qui touchent les articulations, les tendons ou les muscles et constituent les maladies professionnelles les plus fréquentes selon l’INRS, organisme de référence dans les domaines de la santé au travail et de la prévention des risques professionnels.

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Par ailleurs, une étude américaine affirme que l’usage du clavier aurait des effets délétères sur le cerveau humain. En effet, la prise de note manuscrite serait bien plus efficace en termes de mémorisation et d’apprentissage que la prise de note sur clavier. Si cela est particulièrement vrai pour les étudiants et enfants, il en va de même pour les adultes au sein du monde du travail dont la mémoire est souvent sollicitée, lors de formations par exemple. Le clavier nous rendrait ainsi plus paresseux, intellectuellement parlant.

Et c’est sans compter le fait que les claviers sont infestés de microbes. D’après une étude parue dans le National Center for Health Research, il serait même plus sale que des sièges de toilette, c’est dire.

Les alternatives du futur

Mettre le clavier à la poubelle, c’est bien, mais encore faudrait-il des remplaçants jugés plus performants. Entre reconnaissance vocale et réalité augmentée, le futur semble prometteur.

Qui n’a pas posé des questions plus ou moins inspirées à l’assistant de reconnaissance vocale de son smartphone ? Qu’il s’agisse de Siri, Cortana, Alexa ou Google Assistant, les logiciels armés d’intelligence artificielle font tout pour nous impressionner. Si pour l’instant ces assistants virtuels relèvent généralement de la sphère de l’amusement ou de l’utilisation relativement basique, ils pourraient très bientôt être assez performants pour écrire (vraiment) nos mails ou même passer des coups de téléphone à notre place. À l’image du dernier assistant de Google présenté lors d’une conférence Google I/O en 2018 qui était capable de prendre rendez-vous chez le coiffeur et réserver une table à un restaurant. Intelligence artificielle et assistants vocaux feraient plutôt bon ménage. On pourrait bien s’imaginer être envahi·e·s par ces derniers dans notre quotidien dans les prochaines années.

Quant à la réalité augmentée, légions sont les films de science-fiction (Minority Report ou Iron Man pour ne citer qu’eux) où l’on s’imagine faire de grands gestes dans le vide pour communiquer avec la machine, avec une expérience immersive grâce à des visiocasques ou des lunettes futuristes, plus ou moins visibles. Car s’il y a bien un aspect dans l’utilisation de l’ordinateur tel qu’on le connait qui n’est pas très pensé UX, c’est qu’il est uniquement conçu pour une personne – d’où son nom PC, Personal Computer en anglais. Or il pourrait être intéressant d’avoir une machine où plusieurs utilisateurs peuvent interagir à la fois. Un peu à la façon d’une console de jeu multijoueur, mais pour des tâches plus sérieuses. Imaginez des réunions de travail où chaque collaborateur peut interagir et participer plus activement à vos présentations. De quoi ouvrir des perspectives jusqu’alors peu explorées.

Ces progrès techniques sont en train d’arriver. La société Oblong en est un exemple avec son système de commande G-Speak qui intègre une interface intuitive tridimensionnelle, permettant à ou aux utilisateur·s ou utilisatrice·s de contrôler un écran projeté sur n’importe quelle surface à l’aide de commandes gestuelles, facilitées par des capteurs.

Que nous réservent les interfaces du futur ? Bien des surprises, c’est certain. Suffisamment pour qu’un remodelage de notre quotidien et du monde du travail tel qu’on les connaît se mette en place. Attention à ne pas confondre virtuel et réalité !

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